Les Etats- Unis vont peut être régler leur compte avec ce crime contre l’humanité que fût l’esclavage et qui impliqua trois continents. D’une certaine manière, c’est véritablement la fin d’une époque, celle de la Renaissance européenne qui engendra les grandes découvertes et, partant la domination de l’Occident. Il fallait refermer cette blessure. Les électeurs américains donnent corps à ce droit de réparation. C’est aussi la chute d’un « Mur », celui de la finance, qui s’effondre sous l’effet de la crise des « subprimes ». La victoire d’Obama signifiera, d’une manière ou d’une autre, le retour au New Deal. Il risque d’être un « Green Deal », avec tout ce que ce terme peut comporter d’ambiguïté. Sera-ce un nouveau modèle de développement, fondé sur une rupture avec l’American Way of Life ou une simple croissance verte requinquant l’industrie, sans toucher à ses fondements ? Un américain né en 2008 consommera tout au long de sa vie 310 000 litres de pétrole, 266,4 tonnes de charbon ou 161 m3 de gaz naturel... Ce gaspillage des ressources naturelles est fondé sur une société d’irresponsabilité publique qui ne peut plus durer.
Enfin, la victoire d’Obama représenterait la fin de l’ère Bush, ce « léninisme conservateur » que j’ai dénoncé avec Patrick Farbiaz dans « Dangereuse Amérique ». La guerre d’Irak est passée par là, remisant aux oubliettes la volonté d’exporter la démocratie et l’Empire du Bien par les armes et provoquant une gigantesque crise morale.
Ceux qui se sont engagés avec le travailleur social de Chicago sont divers, mais dans la galaxie du candidat démocrate, Wall Street pèse d’un poids non négligeable. L’Amérique de la finance et de l’industrie s’est engagée clairement comme le montre l’appel à voter Barack Obama du « Financial Times », alors qu’en 2004 les pétroliers du Texas l’avaient emporté contre la Californie, patrie d’Hollywood et de la Silicon Valley.
Le désastre programmé par Dick Cheney, le patron d’Halliburton, chef de file du clan des majors de l’énergie fossile est à l’origine du tremblement de terre que nous connaissons aujourd’hui. Non seulement, ces gens ont menti sur l’Irak, mais aussi sur le réchauffement climatique et sur la déréglementation financière. Ils doivent être chassés au plus vite. Si le 4 novembre, les urnes traduisent ce sentiment du peuple américain, nous passerons à une nouvelle ère : celle d’un monde multipolaire qui s’assume comme tel. Bien sûr, Barack Obama, défendra les intérêts américains et il ne faut pas s’attendre à des changements significatifs immédiats. Mais il ne se comportera pas comme les héritiers du cow-boy Ronald Reagan. Il devra dialoguer avec le reste du monde et ce dialogue politique aura une influence sur la géopolitique mondiale. Mais ne nous nourrissons pas trop d’illusions, Obama soutient le commerce des armes, la peine de mort et veut décupler le nombre de soldats en Afghanistan. Il fera passer la pilule de l’Otan à une France toujours rétive, soixante après la création de cet instrument militaire atlantiste et retardera d’autant la constitution d’une défense européenne. Mais il devra aussi tenir compte de ceux qui l’ont élu hors Wall Street. La formidable dynamique citoyenne qui s’est engagée autour de ce qu’il incarne ne pourra pas être négligé. En son temps, le mouvement des droits civiques avait utilisé la figure de John Kennedy. Quarante ans après, les minorités, noires, latinos, les jeunes, les femmes, les ouvriers, ne supporteront pas un Oncle Tom à la Présidence, ils exigeront des comptes. En France, la question des discriminations se posera différemment. Les partis ne pourront faire l’économie de répondre à l’obsédante question : pourquoi un noir ou un arabe ne peut-il pas devenir un Obama français ? Pourquoi aucun maire de grande ville n’est issu de l’immigration ? Pourquoi cette discrimination envers les communautés issues des peuples colonisés par la France ? N’est-ce pas le système d’intégration à la française, fondé sur une pseudo égalité, qui masque ses propres limites ? Le vote massif par procuration des quartiers populaires pour Obama démontre qu’un espoir est né dans les banlieues françaises et qu’il ne s’arrêtera pas. La volonté de verrouillage de la classe politique ne pourra pas durer éternellement. La gauche ne pourra pas laisser plus longtemps à Nicolas Sarkozy le soin de mettre en scène l’émergence de nouvelles élites, à travers un casting de jeunes ministres talentueuses mais qui ne représentent que des arbrisseaux masquant la forêt des discriminations. L’élection d’Obama renverra le Parlement et les collectivités territoriales à ce qu’elles sont : la représentation politique, communautariste, des mâles blancs de plus de cinquante ans. Nous, élus, de cette caste, nous serons au pied du mur et, si rien ne change, la prochaine émeute des banlieues sera directement politique et l’emblème en sera un jeune président métis d’outre-Atlantique.
En ce sens, même si nous ne contestons pas la légitimité de la candidate verte, ou de Ralf Nader, nous ne pouvons que souhaiter une victoire du sénateur de l’Illinois. Elle sera le signe d’une politique intérieure mondiale. Les nations existeront, certes, et par certains côtés, beaucoup plus qu’auparavant, mais désormais nous participons un peu, chacun à notre place, à la mise en place d’une nouvelle gouvernance politique. L’opinion mondiale existe et elle peut peser sur l’avenir du monde. Un jour de février 2003, à l’orée de la guerre en Irak, des millions d’hommes et de femmes ont défilé pour dire non à cette sale guerre. Contrairement à Hillary Clinton, Obama qui avait lui aussi fait ce choix, a montré qu’il était en phase avec cette opinion. Le 4 novembre sera, espérons le, le jour de la réconciliation entre cette opinion et l’Amérique. Barack Obama incarnera un moment de l’Histoire, un moment de l’espoir, un moment du rêve américain. Pour une fois, ce 4 novembre nous serons tous des américains.
Noël Mamère, le 3 novembre 2008.
P.S.1 : Pan sur le bec : l’appel d’offres du Ministère Hortefeux sur l’aide aux étrangers dans les centres de rétention a été cassé par le juge administratif. Celui- ci a obligé le gouvernement à revoir sa copie. Les critères de sélection des associations ont été jugés incompatibles avec la compétence juridique en matière de droit des étrangers. Bonne nouvelle. Cela retardera d’autant la réforme visant à empêcher tout contrôle citoyen sur ces lieux d’enfermement des sans papiers.
P.S.2 : Bonne nouvelle encore. La poupée vaudou permettant d’épingler Sarkozy sera en vente libre. Notre Président a un sens de l’humour limité aux pitreries de Bernard Laporte, Christian Clavier et Jean-Marie Bigard. Pas question de toucher à son image. Il rétablit ainsi le crime de lèse - majesté. Les caricaturistes ont toujours fait peur aux puissants.
P.S.3 : Le jour des morts a eu lieu une cérémonie au cimetière de Lille célébrant le « carré des indigents ». Alors que les expulsions sont ajournées jusqu’à mars 2009, en raison de l’hiver et du grand froid, les SDF vont commencer à tomber comme des mouches. Que la mairie de Lille et un collectif aient eu la bonne idée de créer ce carré pour leur rendre hommage est une bonne illustration de la fraternité, valeur souvent oubliée de nos jours.
P.S.4 : Une provocation de plus : l’amendement de la droite qui propose de travailler jusqu’à 70 ans ! Après le « travailler plus pour gagner plus », le travail le dimanche, voilà venu le temps du « mourir au travail ». Quel progrès social ! Pendant les travaux de refondation du capitalisme annoncés par Sarkozy, la route de l’ultralibéralisme continue. Méfiez-vous des contrefaçons !