Au moment où l’on ferme à tour de bras les centres d’IVG, où l’on taxe les accidentés du travail, où l’on remet en cause la prise en charge des affections de longue durée concernant,- excusez du peu - 8 millions de malades victimes de cancers, d’accidents vasculaires cérébraux ou encore d’Alzheimer, où on applique les franchises médicales et toute une série de crapuleries contre les malades... On trouve tout à coup, un milliard d’euros pour financer les laboratoires afin de produire 94 millions de vaccins, malgré le fameux trou de la sécu dont on nous rebat les oreilles chaque année, pour prévenir les conséquences d’une épidémie grippale, certes réelle, mais dont les conséquences mortelles sont équivalentes aux grippes saisonnières qui font quatre mille morts par an, en moyenne.
Ce nouveau storytelling, censé illustrer le principe de précaution, suscite le doute dans le personnel médical et dans la population qui ne comprend pas le matraquage incessant dont cette affaire est entourée. Selon un sondage Ifop, seulement 17% des Français envisagent de se faire vacciner. Les critiques se multiplient contre une politique gouvernementale marquée par le manque de transparence, la domination sans partage de l’industrie pharmaceutique et la mauvaise anticipation dans les hôpitaux. La Ministre de la Santé est le symbole de cette confusion à la tête de l’Etat mêlant la peur de se retrouver dans une situation qui rappelle l’incurie de la canicule et une pression manifeste des laboratoires pharmaceutiques.
Au delà de la moquerie, cette vaccination forcée contre la Grippe A, est un cas d’école qui révèle la collusion avec les laboratoires, les conflits d’intérêts, et l’opacité qui, à l’égal de l’industrie nucléaire, fait des « pharmacocrates » un Etat dans l’Etat. J’ai souvent dénoncé le manque d’expertise scientifique indépendante en France. Avec la Grippe A, nous tenons un exemple flagrant des liaisons dangereuses entre l’industrie pharmaceutique, l’Etat et les experts.
Lundi 2 novembre, les "déclarations publiques d’intérêt" des onze membres du Comité de lutte contre la grippe, nommés par arrêté ministériel, permettent de révéler, sous la pression parlementaire et journalistique, que seuls cinq membres du Comité sur onze ne déclarent "aucun lien" avec l’industrie du médicament. Quatre ont rempli le formulaire pour la première fois dans le courant du mois - il est pourtant obligatoire depuis 2007. Ces experts, financés par des laboratoires, ont conseillé le gouvernement dans sa politique vaccinale. On apprend de surcroît que les experts du Groupe d’expertise d’information sur la grippe (Geig) seraient financés à 100% par des laboratoires pharmaceutiques producteurs de vaccins et ce, à hauteur de 400 000 € par an. Ces fonds récoltés par le Geig servent à mener des actions de lobbying auprès des médecins, des médias et des pouvoirs publics. Autres surprises : le directeur général du Geig, Bertrand Verwee, se trouve être aussi le directeur commercial de Sanofi-Pasteur-MSD (l’un des 4 laboratoires producteurs du vaccin contre la grippe A). Et parmi les membres du conseil scientifique de l’ organisation figure Bruno Lina, conseiller de la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, en permanence à ses côtés lors des conférences de presse. Où se trouve la frontière entre les préconisations parfaitement objectives et les conflits d’intérêts financiers industriels ? La confusion conduit à la delégitimation de la campagne en cours, ce qui est grave en terme d’atteinte à la santé publique.
Personne ne peut en effet dire avec clarté si la prescription du Ministère de la santé et des grands labos est juste. Il y a au moins matière à pouvoir débattre. Or, nous ne sommes pas devant de l’information mais devant une campagne de communication destinée à mobiliser le pays, sans débat, sur la fiabilité et l’efficacité de la procédure suivie. Les experts sont à la manœuvre et imposent leur tempo. Les vaccins sont rapidement produits et peu testés. Alors qu’ils n’ont pas encore d’autorisation de mise sur le marché, on commence à connaître leur composition dans laquelle on a ajouté des adjuvants qui stimulent la réaction du système immunitaire mais qui peuvent aussi favoriser des maladies auto-immunes. Le cas d’une malade frappée par la paralysie de type Guillain - Barré, connu le jour même du lancement médiatique de la campagne de vaccination, est à cet égard préoccupant ...Surtout quand on sait que les Etats-Unis ont connu de nombreux cas du même type lors d’une campagne de vaccination en 1976.
Entendons nous bien, nous ne sommes pas contre la vaccination, mais nous nous devons de poser des questions face à une logique technocratique qui fait peu de cas de la déontologie médicale, du corps des personnels qui eux-mêmes s’interrogent sur cette vaccination de masse non ciblée. Selon la revue Prescrire, qui fait autorité en la matière, les remarques suivantes ne peuvent que susciter la réflexion sur l’injonction d’Etat présentée comme un devoir national : « Tous les vaccins H1N1v ne se valent pas. Leur intérêt est différent selon les personnes considérées. (...) Au 30 septembre 2009, on ne dispose d’aucune donnée d’évaluation concernant le vaccin H1N1v à virus entier, seul vaccin grippal de ce type. (...) Chez les nourrissons et les femmes enceintes, la présence d’adjuvant lipidique dans les vaccins grippaux H1N1v soulève des interrogations en termes immunitaires, et d’éventuelles convulsions fébriles du nourrisson »
Le business de la grippe n’est-il pas finalement à l’origine de cette surmédiatisation ? Depuis quelques années, les laboratoires dont les brevets deviennent publics, cherchent de nouvelles sources de revenus... Etrangement, la plupart d’entre eux ont misé sur le développement de nouveaux vaccins ! Lorsque l’on sait, par exemple, qu’en cas de complication vaccinale, les labos seront remboursés entièrement par le fonds d’indemnisation des aléas thérapeutiques et qu’ils ne débourseront pas un seul euro de leurs poches, on comprend en fonction de quels intérêts, certains ont appliqué le principe de précaution revendiqué indûment par Mme Bachelot. Le laboratoire Roche, par exemple, est l’un des vrais gagnants du business de la Grippe A, et ce depuis le début de cette pandémie planétaire. Il a empoché des bénéfices gigantesques depuis l’hystérie autour de la grippe aviaire, et fait ce qu’il faut pour continuer à les encaisser. Après la panique autour de la grippe aviaire et avant la grippe A, les ventes de Tamiflu ont connu une forte baisse, précisément parce que des chercheurs se sont rendu compte que de plus en plus de souches de virus étaient résistantes à cet antiviral qui avait été développé comme traitement de certaines souches de grippe saisonnière. Les jours du Tamiflu étaient donc comptés. Mais le laboratoire a profité de la grippe dite porcine : Depuis que l’OMS a lancé le niveau 4 d’alerte, Roche a fait pression sur les autorités pour qu’elles achètent du Tamiflu.
Autre exemple parlant : selon l’hebdomadaire Le Point, des contrats, ont été signés dans la plus grande opacité. Avec des écarts de prix conséquents : 6,25 euros la dose chez Sanofi-Pasteur, 7 euros chez GlaxoSmithKline, 9,34 euros chez Novartis et 10 euros chez Baxter ( qui utilise la technique de production cellulaire, plus coûteuse ).
Le résultat de ce manque de transparence des autorités de santé est déjà connu. Leur comportement fondé sur l’arrogance et l’omerta a développé la méfiance et la sous-vaccination des personnels les plus à risque. C’est peut-être bon pour le business mais dangereux pour la santé publique. Patrick Pelloux, président de l’association des médecins urgentistes, dont on se rappelle qu’il avait joué un rôle majeur dans la dénonciation du scandale de la canicule, pointe déjà "un problème d’anticipation". "Il y a, selon lui, une surfréquentation des services d’urgence, on est en pleine épidémie et les hôpitaux ne sont pas prêts, des lits ne sont pas ouverts car il n’y a pas de personnel". De fait, les mesures contradictoires prises par l’Etat, les rumeurs, les coupes claires pratiquées dans le personnel au nom du dogme de la division par deux du nombre de fonctionnaires, créent un climat qui pèse sur le personnel et se traduit par une désorganisation des services.
La morale de cette histoire est que décidément dans le domaine sanitaire comme ailleurs, la déontologie et le respect des citoyens ne se mesurent plus qu’à l’aune de la marchandisation. On n’a pas encore découvert de vaccin contre la pandémie la plus répandue au sein des autorités médicales : la cupidité et la rapacité des laboratoires pharmaceutiques et de leurs complices installés à la tête de l’Etat.
Noël Mamère, le 17 novembre 2009
PS/1. Un an après son élection, Barack Obama - même s’il vient de remporter une première victoire avec le vote de la Chambre des représentants en faveur de la réforme de la santé - est confronté à son piètre bilan en matière internationale. Malgré de beaux discours, la situation est bloquée en Irak, Afghanistan, Pakistan, Palestine. Les changements attendus ne sont pas au rendez-vous et le Président déçoit ceux qui, aux Etats-Unis comme dans le reste du monde, avaient cru en sa différence. Le mandat n’en est qu’à son commencement, mais l’on peut craindre que la politique américaine, victime de ses pesanteurs, fasse capoter le beau rêve qu’avait suscité son accession à la présidence.
PS/2. Pour une fois, Sarkozy a mérité son titre de Président. Le 11 novembre, nous avons eu droit à une belle image : la Chancelière Merkel et le Président de la République devant la flamme du soldat inconnu. C’était juste bien. Il fallait le dire, c’est dit. Une autre image qui est moins passée dans les médias était peut- être encore plus significative : Des ouvriers sans-papiers, en grève comme 5000 autres sur la région parisienne, pour exiger leur régularisation, sont venus déposer une gerbe à Vitry durant la cérémonie officielle. Ils ont porté témoignage à leurs grands parents morts pour la France, avec des dizaines de milliers de tirailleurs sénégalais, algériens, marocains, indochinois et d’autres nationalités de ce que l’on appelait à l’époque l’Empire Français des colonies. 83 ans plus tard, leur pays est peut-être indépendant, sinon dans les faits, du moins en théorie, mais leurs arrières petits-enfants sont pourchassés et traqués comme des bêtes. Voilà une injustice que le secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants, le défroqué de gauche, Jean Marie Bockel, pourrait avoir le courage de dénoncer. Voilà, c’est dit aussi...