Décidément, Nicolas Sarkozy fait des émules. La France ira à la Coupe du Monde après avoir gagné un match où elle a triché en direct, devant des millions de téléspectateurs. Elle ira, malgré le sentiment de malaise devant ce « succès » bien mal acquis, malgré l’appel du Premier Ministre irlandais, malgré la demande de Thierry Henry, celui par qui le scandale est arrivé et qu’on envoie trop facilement au bûcher des médias alors qu’il n’est pas responsable de la décision des autorités du football. Le président de la Fédération Française de Football, l’entraîneur national et le Président de la République approuvent de concert la décision de la FIFA de ne pas faire rejouer le match, pour contenter les supporters, les chaînes qui ont acheté les droits télévisuels des matchs de Coupe et les firmes qui feront de la publicité en misant sur l’avenir supposé des « bleus ». Disons le tout net, cette affaire est un pur scandale, car elle aura un impact profond sur la jeunesse du pays.
Comment allez vous expliquer qu’un minimum d’éthique de responsabilité est indispensable dans les rapports entre êtres humains d’une même planète, d’une même nation, d’un même territoire, quand les voix les plus autorisées cautionnent ouvertement la triche ? Cela encourage l’incivilité à tous les étages. Tout est bon pour écraser l’adversaire, tel est le fond de la morale sarkozyste. Alors qu’au même moment Besson explique que l’identité nationale doit reposer sur des valeurs éternelles, la première de ces valeurs -celle qui, à Olympie, a jeté les fondations de la compétition sportive fondée sur l’émulation, la coopération et la réconciliation politique entre les cités qui se faisaient la guerre- est mise à bat par une décision inique.
Le Baron Pierre de Coubertin, qui n’était pas précisément un gauchiste, rappelait que l’essentiel est de participer. Aujourd’hui, il est de tuer symboliquement son adversaire. Et puis, il y a l’humiliation infligée au peuple irlandais. Comme le criait un manifestant irlandais devant l’ambassade de France : « Ils » nous ont demandé de rejouer le référendum alors que le non l’avait emporté. Pourquoi n’a- t-on pas le droit de rejouer la troisième mi-temps ? ».
Cette morale à double vitesse est constitutive de l’époque dans laquelle nous vivons. Le football est le creuset d’un chauvinisme qui remplace la confrontation armée par la mobilisation des cerveaux disponibles au service de la publicité et du marché des droits télévisuels. C’est sûrement mieux que les boucheries de 14/18 et de 39/45, mais c’est aussi un signe des temps ; Chacun se replie sur la défense de son pré-carré. Les partisans de la France, ceux de l’OM, ou du moindre petit village, sont devenus les nouveaux fantassins de leur patrie. On peut aimer le football et ne pas se sentir concerné par ce délire. Même si, parfois, ce même engouement produit des paradoxes : En plein débat sur l’identité nationale, le seul drapeau que l’on a vu brandir dans nos rues, des Champs-Elysées à la Cannebière, était celui de l’Algérie dont l’équipe venait de gagner son droit de sortie en Coupe du Monde face à l’Egypte. La jeunesse des banlieues trouvait là un moyen d’exprimer à la fois la fierté de ses racines, la crise de sa double identité et son refus des discriminations. Le football est devenu un objet de transfert. Raison de plus pour refuser qu’il soit entaché par la triche. Raison de plus pour refuser que l’esprit de « gagner à tout prix » l’emporte sur tout le reste. Comme l’écrivait Jacques Ellul, il y a 25 ans : « en nous obnubilant de matches qu’est ce qu’on nous cache ? ( ...) Car toute cette feria n’est pas innocente. Elle n’est pas un beau jeu de la liberté humaine. Elle est d’un côté une sordide affaire d’argent, de l’autre une cape miroitante sur laquelle le taureau populaire se fixe, et se détourne des questions décisives de la société et de la vie humaine. Adorez les dieux du stade, vous ne penserez plus à votre vie ou à votre mort.. Le sport, opium du peuple ? C’est bien plus vrai que de n’importe quelle autre drogue ».
Triche aussi du responsable de ce site Internet qui voulait distribuer de l’argent aux pauvres dans les rues de Paris. Les pauvres en question ont profité de l’offre de « Mailorama.fr » pour crier leur révolte, en transformant l’arnaque en émeute. Mes les autorités qui répriment les ouvriers de Continental, n’ont rien trouvé à redire et laissé faire le jeune crétin entrepreneur qui voulait faire son « buzz » sur le dos de la misère. Cette triche sociale est non seulement indécente mais aussi révélatrice de la perte de tout repère, de toute éthique de responsabilité des possédants. Certes le responsable de cette arnaque n’a que 25 ans, mais il est passé par une grande école de Commerce et a intégré l’Université San-Jose de Californie, au coeur de la Silicon Valley. Dans son milieu, la triche fait visiblement fureur puisqu’au printemps dernier, il avait du fermer son site « faismesdevoirs.com » le jour même de son ouverture. Il proposait, moyennant rétribution, de faire les exos de maths à la place des enfants de « bonne famille ».
Mais la triche est également de mise au sommet de l’Etat. Nous venons d’en avoir deux exemples flagrants cette semaine :
1) L’Elysée a pesé de tout son poids pour qu’une commission d’enquête parlementaire ne voit pas le jour dans l’affaire des sondages à répétition commandés par le Président de la République, alors que le nombre et le financement occulte de ces sondages font apparaître à tout le moins une triche massive dans la gestion de la communication politique par le dénommé Patrick Buisson, l’ancien rédacteur du journal d’extrême droite Minute, aujourd’hui conseiller politique de Sarkozy. La majorité UMP a déclaré irrecevable la Commission d’enquête au nom de la séparation des pouvoirs ! L’Elysée triche doublement en vidant de son sens la Constitution que la Président a fait voter l’année dernière pour « renforcer les pouvoirs du Parlement ».( sic !)
2) L’autre exemple venu d’en haut est l’incroyable jugement dans l’affaire d’AZF. Total a donc été exonéré de toute responsabilité, « au bénéfice du doute », par le tribunal de Toulouse. Ce mépris du peuple restera en travers de la gorge des victimes de cette société qui, du haut de son arrogance, refuse d’être et responsable et coupable. Ce jugement est une gifle, puisqu’il proclame de fait que Total s’est rendu responsable de nombreux délits pour déboucher sur un non-lieu qui restera dans les annales de la Justice comme une hypocrisie et une imposture historiques. Cette parodie de justice, c’est le summum de la tricherie de Total...Pour gagner plus, de la Birmanie au Congo, des côtes de l’Atlantique à Toulouse. Tricher toujours plus pour gagner encore plus. Misérable !
Noël Mamère, le 23 novembre 2009
PS/ Je ne suis pas venu au Forum d’Europe Ecologie, non seulement parce que j’étais retenu par des obligations à Bègles mais parce que servir de marchepied à Bayrou, au Nouveau Centre et à l’UMP, dans un débat déséquilibré où la gauche radicale et de gouvernement avait refusé de se commettre, ne me sied pas. Même si j’en crois mes amis, les débats animés avec les ONG sur les enjeux de Copenhague ont été de bonne qualité, les médias n’auront retenu que la réconciliation Bayrou / Cohn-Bendit de ce Forum d’Europe Ecologie.
Europe Ecologie est encore trop fragile pour qu’il soit l’objet de péripéties politiciennes. Je pense que le fantasme d’un rassemblement néo-centriste n’est pas la perspective d’Europe Ecologie, ni avant ni après les élections régionales. Que des démocrates sincères, qui se sont fourvoyés au Modem, rejoignent Europe Ecologie en abandonnant cette boutique sans autre projet que l’ambition d’un homme qui se prend pour De Gaulle (sans en avoir la stature), oui, trois fois oui. Nous les accueillerons bien volontiers sur la base de notre projet. Qu’au deuxième tour, nous soyons rejoints par des démocrates et de républicains, sur la base d’un projet négocié, pourquoi pas ? Mais ne confondons pas le projet de transformation sociale et écologique d’Europe Ecologie avec n’importe quelle soupe concoctée dans le dos de ses militants. Le tri sélectif s’applique aussi à la politique.