Recherche
> Procès Allègre : signez la pétition de soutien à Politis !
DANS LA MEME RUBRIQUE :

Rentrée ?
Iniquité
Une crise de régime
Où va la France ?
La débâcle
BRIC
Contre l’impunité
Exodus
Du pain, des jeux ... Et des éléphants blancs
Thaïlande

De quoi Frêche est-il le nom ?
Edito du 1er février 2010

La dernière boulette en date du Tartarin de la Septimanie, nom que ce potentat d’Occitanie avait choisi pour remplacer celui du Languedoc-Roussillon est à la mesure du personnage : puante. Mais elle n’est certainement pas l’ultime trouvaille langagière de cet autocrate qui règne sans partage depuis les années soixante-dix sur la ville de Montpellier qu’il a transformée en fief inviolable. Au delà des foucades racistes sur les noirs de l’équipe de France, les harkis, les musulmans, et maintenant les juifs, à travers la personne de Laurent Fabius, nous devons nous interroger sur ce qui constitue le fond de commerce électoral de ce champion toutes catégories des dérapages verbaux, trophée qu’il partage volontiers avec Jean-Marie Le Pen. Son assise politique est réelle. Elle repose sur quelques recettes éprouvées et bien connues.

Le premier de ces ingrédients du « local - populisme » est bien entendu le clientélisme. Frêche sait faire plaisir à chaque communauté et, d’abord, à celles qui votent. Dans cette région souvent à droite lors des élections nationales, il a su capter le vote des pieds noirs, avec ici un musée de la colonisation, là des paroles doucereuses sur l’Algérie Française ; son implantation dans les milieux universitaires est forte, car il a su développer les potentialités de sa ville dans ce domaine, tout en utilisant son statut d’enseignant du supérieur ; il veille sur l’électorat « gris » des personnes âgées ; il flatte les cadres qui se sont installés dans les pépinières technologiques de l’agglomération... Le clientélisme passe par l’arrosage des associations, par l’embauche de personnel dans la municipalité ou dans les officines qui lui sont liées. L’objectif est toujours le même : posséder un vivier d’affidés exprimant la sensibilité d’une partie ciblée de l’électorat. De ce point de vue, Frêche n’a rien inventé : il a simplement optimisé les possibilités du clientélisme en segmentant le marché électoral au mieux de ses intérêts. Il a agit de la même manière sur le plan politique : Frêche a ses écologistes patentés, autour d’Yves Piétrasanta, ancien Vert, ancien conseiller général radical de gauche, ancien maire de Mèze et conseiller régional. Il a ses communistes, avec l’ex-ministre des Transports, Jean Claude Gayssot, ses centristes du Modem.... Ces bons clients là sont récompensés, mais ceux qui crachent dans la soupe, comme Hélène Mandroux, sont aussitôt insultés et vilipendés. Avec Frêche, il faut choisir son camp ; on est pour ou contre lui. Hors de cette alternative, point de salut.

Deuxième ingrédient, le verrouillage du Parti Socialiste. Si 70 % de ses militants ont voté pour Georges Frêche aux régionales, ce n’est pas un hasard, mais le résultat d’une longue pratique de « castration » démocratique au sein des fédérations de l’Hérault, de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, au profit du cacique qui dirige d’une main de fer les aparatchiks locaux. Il ne s’agit pas seulement ici d’achats de cartes, de morts qui votent, d’employés municipaux réquisitionnés pour faire des majorités ; les cadres sont sélectionnés sur un seul critère : la fidélité au « Duce » de l’Hérault, leur capacité de soumission et leur patriotisme localiste. Cela permet de circonscrire toute volonté de se raccrocher à des courants politiques qualifiés systématiquement de « parisiens » et de disposer ainsi d’une masse de manœuvres permettant d’imposer sa volonté au national. C’est ce qui s’est passé lors du vote interne pour ces élections régionales. Mais une telle stratégie a aussi un effet national : grâce à ses milliers de voix, Frêche pèse sur la désignation du candidat à la présidentielle et sur les équilibres internes au Parti Socialiste. Qui se souvient de son soutien à Ségolène Royal qui permit à cette dernière - avec l’aide de la Fédération des Bouches-du-Rhône, tenue de la même manière par Guérini - de réaliser un score approchant des 50 % face à Martine Aubry ? Des gens, par ailleurs estimables comme Vincent Peillon, lui trouvent des vertus étonnantes. Tous les présidentiables ou presque ont un moment joué un pas de deux avec la baronnie du Languedoc, d’où l’embarras actuel des dirigeants du PS.

Le « régional-souverainisme » est le concept politique qui lui permet de résister aux tempêtes qu’il déclenche régulièrement. Mieux, il les alimente grâce à cette idéologie de comptoir qui fait office de substitution au socialisme. Frêche s’appuie sur un scénario particulier : au pouvoir depuis des lustres, il est considéré comme un grand aménageur, un grand gestionnaire. En réalité, il a su comprendre avant les autres que la décentralisation permettait à des villes importantes de devenir des métropoles régionales. Il a été de toutes les modes urbaines les plus productivistes ; sa réputation de « grand » maire est à la mesure de la démesure de ses constructions réalisées aux dépends de la périphérie, laquelle s’est souvent révoltée, derrière le président du Conseil général de l’Hérault, contre un maire qui s’accaparait toutes les subventions. Sa recette éprouvée repose sur l’antagonisme entre les néo-languedociens et l’ancienne société locale, plus liée à la terre et à la viticulture. Sa politique économique a provoqué un développement par l’extérieur de nouvelles entreprises à la recherche d’une ville assez centrale du point de vue des communications et adaptée au mode de vie des cadres urbains. Si Montpellier attire bien les entreprises et les grands services publics, dans la réalité il y accroissement de la ségrégation, sociale et spatiale et un vrai phénomène de « gentrification ». L’étalement urbain n’est pas vraiment contrôlé et Montpellier compte de nombreux RMIstes, les laissés pour compte de la croissance qui ont cru au mirage de Montpellier-Technopole. Le clientélisme modernisé est un moyen de gérer les effets pervers de la croissance. En fait , le système frêchiste ressemble de plus en plus à celui de la Ligue du Nord en Italie, et aux mouvements xénophobes flamands ; il joue une petite musique contre les élites parisiennes et cherche des boucs-émissaires locaux dans les populations pauvres. Ses petites phrases et ses coups de gueule qui « passent » mal à l’extérieur, sont aussi des éléments de la communication à usage local qui permettent de souder les populations de la ville et de la région contre l’ennemi extérieur. La démagogie populiste finissant par payer, il s’enferme dans une sorte de « lepeno-localisme » qui permet d’offrir aux populations locales l’illusion d’une revanche à bon compte contre des incarnations de ce qui est considéré comme déviant, marginal ou lointain et de communier autour du « père de la région ».

Ainsi, Frêche peut continuer à faire tourner ce système longtemps, même si la gauche locale, avec Europe Ecologie et le Front de Gauche, tente de se ressaisir au prix de ruptures avec l’appareil frêchiste et ses stipendiés. Ça ne se traduira en termes politiques que si le Parti Socialiste a réellement le courage de rompre avec les pratiques frêchistes. Pour nous, ce courage passe par l’union d’une liste Europe-Ecologie/PS, dirigée par Jean Louis Roumégas, parce que les écologistes ont montré qu’ils ne céderaient en aucun cas au deuxième tour à la tentation d’un pseudo-vote utile qui ferait perdre son âme à la gauche. Une fois de plus, une fois de trop. Un accord existe avec le Front de Gauche pour que la liste la mieux placée organise une liste de rassemblement au second tour. Voilà une bonne occasion pour Martine Aubry de prouver sa stature de dirigeante nationale. Plutôt qu de s’arcbouter sur une tête de liste socialiste qu’elle accomplisse un geste fort en n’empêchant pas les écologistes de construire le rassemblement. La gauche courageuse du Languedoc-Roussillon ne veut pas être l’enjeu d’une bataille pipée au sein d’un parti socialiste local vérolé. Au delà de la présidence du Conseil Régional, ce qui se joue ici, c’est l’alternative entre une gauche avilie, salie par ses turpitudes, une gauche colonialiste et raciste et une gauche de combat qui ne cède rien sur les valeurs !

Noël Mamère, le 1 er Février 20010

PS/1. Le feuilleton Clearstream continuera donc jusqu’en 2011, en raison de l’appel du parquet. Loin d’enterrer la hache de guerre, Sarkozy a la haine tenace. Décidement, nous sommes dans une monarchie moyenâgeuse, avec ses Borgia, ses Mazarin, ses traitres, ses couteaux tirés, ses courtisans, sa Cour... Et un bravache sans troupes qui se prend pour napoléon. Mais, nous n’allons pas bouder notre plaisir : lorsque la droite est divisée, la présidentielle redevient un objectif accessible pour une gauche rassemblée au deuxième tour. C’est une condition nécessaire mais nullement suffisante. Le chemin est encore long jusqu’à 2012.

PS/2. La saturation médiatique est décidément la seule politique cohérente que connaît Sarkozy. Pour preuve, sa prestation télévisée durant plus de deux heures sur TF1 qui ressemblait plus à un reality show où le Président interpellait les unes par leur prénom, les autres par leur nom. La France qui se lève tôt n’a pas été convaincue. Celle qui n’a jamais cru à ces promesses qui n’engagent que ceux qui les écoutent, non plus. Résultat : un bon audimat pour Martin Bouygues, une prestation de journalistes courtisans pour Laurence Ferrari et Jean-Pierre Pernault et les phrases convenues de la majorité et de l’opposition en guise de commentaires. Mais à quoi ces gesticulations peuvent-elles encore servir ?


IMPRIMER
Imprimer