Faire entendre la voix de l’écologie politique au Parlement passait par un regroupement avec d’autres familles politiques. Nous aurions pu rallier le groupe socialiste ; après tout, nous avons été réélus grâce à des accords reconduits avec le PS ou, comme dans le cas de François de Rugy, le nouveau député vert de Nantes, par le biais d’un accord local en Loire Atlantique. Nous aurions été noyé dans un groupe de plus de 200 députés, sans grande possibilité d’apparition. Comme le PRG le fait depuis de nombreuses années, nous aurions acté notre rôle de supplétif d’un Parti Socialiste englué dans son combat de chefs, enrôlés dans des querelles qui ne sont pas les nôtres. Nous avons donc choisi le regroupement avec les députés communistes et outre-mer. Pour ma part, j’assume ce choix et j’en suis fier. Les députés communistes ont accepté toutes nos conditions : liberté de conscience et de vote, règlement intérieur contraignant, présidence tournante, partage des responsabilités et des moyens. En soi, c’est un événement et cela, je le sais n’a pas été sans provoquer de vifs débats chez mes amis communistes et apparentés, comme le montre le refus d’André Gérin de participer aux activités du groupe.
Mais, au delà des péripéties de la constitution d’un groupe parlementaire, le pluralisme est une nécessité face à un pouvoir qui s’affirme chaque jour sous les aspects décontractés de jogger sur-actif, comme un pouvoir autocratique, bonapartiste, qui avance ses pions dans tous les secteurs face à une gauche pulvérisée et déconfite. La résistance des sociétés de journalistes à l’emprise du sarkozysme sur les médias montre que la bataille pour l’existence de contre pouvoirs sera essentielle. Ce combat commence dès maintenant. Deux groupes de gauche feront mieux entendre la voix de tous ceux qui refusent les réformes libérales et autoritaires sur la justice, l’immigration, la fiscalité, l’Université. Autant de batailles qui s’annoncent dés le mois de juillet.
Le pluralisme est également une nécessité à gauche. Le bipartisme n’est pas une solution. La gauche unie ne doit pas devenir une caserne rose bonbon. A l’image de l’Italie, je suis pour une gauche de toutes les couleurs, qui regroupe radicaux, socialistes de toutes obédiences, verts, rouges, alter-mondialistes et écologistes. Dans la France d’après Sarkozy, la course au centre est devenue la potion magique de tous les ex-futurs présidentiables. Lorsqu’on regarde le rapport réel droite -gauche, on voit bien que cette ruée au centre est un leurre qui laisse en jachère au moins 15 à 20 % de l’électorat de gauche. Je me refuse à laisser orpheline cette gauche là qui résiste à l’air du temps libéral et sécuritaire, qui n’a pas les yeux de Chimène pour ceux qui nous disent jour après jour qu’il faut rogner sur nos droits, gagner moins pour travailler plus... C’est pourquoi je n’ai pas peur de parler avec les communistes, qu’ils soient députés, élus locaux, ou simples militants de base.
Le PCF est un parti de gauche qui représente une culture, une histoire et des traditions politiques profondément différentes des miennes. Je n’ai jamais été marxiste, de près ou de loin. Toute ma vie durant, j’ai combattu les dictatures bureaucratiques dans les pays de l’Est ou d’Asie. J’ai conquis la ville de Bègles, dirigé longtemps par un PCF sûr de lui et dominateur, après un affrontement électoral qui m’a marqué. Le PCF, comme le PS, est un parti productiviste de l’ère industrielle qui défend le nucléaire et croit à la religion du progrès et de la croissance, au scientisme et au sens de l’Histoire. Autant de credo qui me sont étrangers. Mais, j’ai toujours respecté les militants communistes, mus par un engagement et un sens de l’Histoire qui a conduit dans la Résistance des milliers d’entre eux, dévoués jusqu’au sacrifice ultime. J’ai toujours fait la différence entre un fasciste et un communiste.
Aujourd’hui, ce parti qui forma durant des générations une contre-société composée de centaines de milliers d’ouvriers n’est plus que l’ombre de lui même... Quoi que l’on pense de la politique de ce parti, là où il disparaît, le lien social qu’il représentait se délite, laissant la place à un vide sidéral, à des tentations extrémistes, communautaristes ou même à la délinquance. Nul ne peut se réjouir de voir s’affaiblir ces corps intermédiaires qui structuraient les banlieues dites « rouges ». La classe ouvrière qui construisit l’Etat Providence des Trente Glorieuses, qui imposa les conquêtes de juin 36 ou de 1945, les congés payés, la sécurité sociale, le salaire minimum, la retraite... Est encore bien présente dans le pays où plus 6 millions d’ouvriers produisent l’essentiel des richesses, où des millions d’employés vivent avec un salaire proche ou équivalent du SMIC. La condition salariale s’est étendue à l’immense majorité de la population, mais les ouvriers sont devenus des êtres invisibles que l’on cache.
Il y a quelques dizaines d’années encore, ils étaient des héros de romans de Zola ou de Roger Vailland. Aujourd’hui, ils n’existent plus dans l’imaginaire social et politique. Or, c’est dans les zones ouvrières que se situent les injustices environnementales les plus criantes, où les conséquences de la précarisation de la vie, la mal-bouffe, le mal-logement, la mal-vie sont le plus durement ressentis. Comment retrouver un sens à la gauche si nous ne reprenons pas langue avec ces classes populaires dont le PC, pour le meilleur ou pour le pire, a longtemps été le bouclier ? Il faut ouvrir un nouvel espoir au coeur de la gauche. Ailleurs ce chemin a été ouvert. Avec Refondazione Communista, les Verts italiens ont permis à la gauche italienne de l’emporter contre Berlusconi. En ce moment même avec cette formation et d’autres, comme la scission de gauche du Parti démocrate, ils réfléchissent à une fédération des gauches, à côté de ce parti ectoplasme qui fusionne centre gauche et centre droit, socialistes et démocrates chrétiens, sous la houlette de Monsieur Prodi. En Catalogne Iniciativa Cataluna Verdes, le parti Vert de la Catalogne est au pouvoir avec les socialistes catalans. C’est aujourd’hui un parti avec plusieurs milliers d’adhérents, des députés, des ministres et un député européen. Il est directement issu de l’ancien PC Catalan, le PSUC qui a su faire sa mue écologiste à travers de multiples scissions. Nous n’en sommes évidemment pas là avec le PCF, l’un des plus vieux partis staliniens d’Europe et je ne parierai pas un euro sur son renouvellement. Mais je n’ai pas d’état d’âme à tenter de construire des passerelles politiques avec tous ceux qui, à gauche, veulent sortir de l’impasse. Au moment où tant de défroqués se pressent dans les allées du nouveau pouvoir pour se repaître des miettes dispensées par le nouveau maître des lieux, je laisse les donneurs de leçons nous expliquer comment l’on peut devenir sarkozyste en restant à gauche.
Je trace mon chemin, libre de discuter avec ceux qui ont rompu dans leur tête et dans leurs pratiques avec les schémas du passé. Avec des hommes et des femmes comme Jacqueline Fraysse, Patrick Braouezec, François Assensi, j’ai mené des années durant des combats en faveur des sans-papiers, des sans droits, des opprimés du monde entier. Je me suis battu avec eux contre le tout sécuritaire de Mr Sarkozy. Je vais continuer avec eux dans ce groupe parlementaire à tracer ce sillon. La refondation de la gauche ne doit pas se réduire à une clause de style, à un bon mot ou à une réunion. Nous devons la mettre en actes, ici et maintenant.
Noël Mamère, le 2 juillet 2007